La Prix Nobel de la paix Maria Ressa de nouveau acquittée d’évasion fiscale aux Philippines

Elle a souri à la lecture du verdict. La Prix Nobel de la paix Maria Ressa a été acquittée mardi 12 septembre à Manille du dernier chef d’évasion fiscale pour lequel elle était poursuivie. Mais la journaliste philippine risque encore une longue peine de prison dans d’autres procédures.

« Il faut avoir la foi », a dit Mme Ressa à la presse en sortant du tribunal. Le juge a également acquitté Rappler, le média en ligne dont elle est la cofondatrice. Maria Ressa, 59 ans, co-lauréate du Nobel de la paix en 2021 avec le journaliste russe Dmitri Mouratov, a fait face à de nombreuses tracasseries judiciaires sous l’ancien président philippin Rodrigo Duterte (2016-2022). La journaliste et sa publication critiquaient avec virulence la sanglante politique de lutte contre la drogue menée par l’ex-dirigeant.

Maria Ressa et Rappler ont fait l’objet de cinq accusations d’évasion fiscale après la vente en 2015 de certificats de dépôt, un moyen pour les entreprises de lever des fonds auprès d’investisseurs étrangers. En janvier dernier, un tribunal l’a acquittée des quatre premiers chefs d’accusation, et une autre juridiction l’a innocentée pour le cinquième mardi.

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Malgré ces victoires judiciaires, l’avenir de Mme Ressa et de Rappler reste incertain, car ils doivent encore faire face à deux autres procès. Mme Ressa et un ancien collègue, Rey Santos Jr, ont ainsi été déclarés coupables en 2020 de « cyberdiffamation ». L’affaire, pour laquelle ils risquent près de sept ans de prison, est actuellement examinée par la Cour suprême des Philippines.

« Rappler » bâillonné

Rappler, quant à lui, conteste un ordre de fermeture de la Commission philippine des valeurs mobilières et des changes pour avoir prétendument violé l’interdiction de la propriété étrangère dans les médias. En vertu de la Constitution, les investissements dans les médias sont réservés aux citoyens philippins ou aux entités contrôlées par eux. Or les poursuites découlent d’un investissement réalisé en 2015 dans Rappler par la société philanthropique Omidyar Network, créée par le fondateur d’eBay, Pierre Omidyar. Omidyar Network a ensuite transféré son investissement dans Rappler aux gestionnaires locaux du site afin de prévenir toute tentative de fermeture par le gouvernement.

Les ennuis judiciaires de Mme Ressa et de Rappler ont commencé en 2016 avec l’élection à la présidence de M. Duterte, coutumier des attaques nauséabondes contre ses opposants. Le média et sa fondatrice ont été confrontés à ce que les défenseurs de la liberté de la presse décrivent comme une série de poursuites pénales et d’arrestations arbitraires et de harcèlement en ligne.

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Le gouvernement de M. Duterte a affirmé qu’il n’avait rien à voir avec le déclenchement de ces poursuites judiciaires. Une autre féroce détractrice de M. Duterte, la militante des droits humains Leila de Lima, a passé plus de six ans en prison pour des accusations de trafic de drogue qui, selon elle, ont été fabriquées de toutes pièces pour la réduire au silence.

Tout au long de la campagne menée contre elle, Mme Ressa, qui a également la nationalité américaine, est restée aux Philippines. Elle se trouve en liberté sous caution pendant l’examen par la Cour suprême de sa condamnation pour cyberdiffamation, et doit demander l’autorisation du tribunal lorsqu’elle souhaite se rendre à l’étranger. Cela a été le cas pour recevoir son prix Nobel de la paix, en Norvège en décembre 2021, avec M. Mouratov, pour leurs efforts visant à « sauvegarder la liberté d’expression ».

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Mme Ressa s’est montrée optimiste mardi, affirmant que son dernier acquittement en date « renforce notre détermination à poursuivre le système judiciaire ». « Cela montre que le système judiciaire fonctionne et nous espérons que les autres accusations seront rejetées », a-t-elle déclaré.

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Le Monde avec AFP