La Chine profite des sanctions occidentales pour pousser l’usage du yuan

Dans le grand plan de Pékin pour développer l’usage du yuan (renminbi, de son nom officiel) à l’international, c’est une étape supplémentaire. L’accueil de six nouveaux pays (Arabie saoudite, Argentine, Egypte, Emirats arabes unis, Ethiopie, Iran) au sein des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), acté le 24 août à Johannesburg, va constituer un nouveau bloc économique désireux de réduire sa dépendance au dollar. Et pour lequel la devise chinoise est susceptible d’incarner une alternative. Satisfait, le président chinois, Xi Jinping, a salué « un élargissement historique », sans mentionner explicitement cet objectif.

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Il est pourtant clair : depuis le début de la guerre en Ukraine, Pékin intensifie les initiatives pour déployer sa monnaie hors de ses frontières. Il achète désormais les hydrocarbures russes en renminbis et développe son propre système de paiement interbancaire transfrontalier, le China International Payment System (CIPS). Il multiplie les accords d’échanges de devises (les « swaps ») avec les banques centrales étrangères, et, depuis juin, les actions de groupes chinois peuvent être négociées en yuans à la Bourse de Hongkong.

« La part du renminbi reste encore faible »

« Cet activisme n’est pas nouveau, la Chine cherche de longue date à faire du yuan une devise internationale », rappelle Philippe Aguignier, chercheur associé à l’Institut Montaigne et professeur d’économie chinoise à l’Institut national des langues et civilisations orientales. Depuis 2005, elle a lentement desserré le contrôle sur sa monnaie – parfois avec des retours en arrière –, qui reste partiellement convertible, contrairement à l’euro ou au dollar. En 2010, elle a autorisé ses entreprises à régler leurs importations et exportations en renminbis – et non plus en dollars –, puis a fait de Hongkong le premier centre offshore de sa monnaie, d’où l’offre de yuans à l’étranger est gérée.

« Ces efforts sont d’autant plus intenses que la Chine s’inquiète de sanctions américaines imposées à l’Iran ou à la Russie, et cherche à s’en immuniser », ajoute Philippe Aguignier. Au cas où les tensions autour de Taïwan monteraient d’un cran, Pékin s’exposerait lui aussi aux sanctions de Washington. « Il est probable que la Chine essaye de constituer les prémices d’un réseau alternatif qui permette d’échapper à la capacité américaine d’imposer des représailles à portée mondiale », abonde Philippe Dauba-Pantanacce, directeur de la recherche économique et géopolitique à la banque Standard Chartered.

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