En Inde, Narendra Modi débarrasse New Delhi de sa pauvreté le temps du G20

LETTRE DE NEW DELHI

Il flotte, depuis quelques semaines, une atmosphère surréaliste à Delhi. Chaque jour, la capitale indienne ressemble un peu moins à ce qu’elle était la veille. Des plantes ont fait leur apparition par centaines de milliers le long des axes routiers, les murs ont été fraîchement repeints, les tunnels routiers parés de fresques, les ronds-points agrémentés de nouvelles fontaines, de statues de lions ou d’éléphants. Les pelouses sont rasées de frais, débarrassées du moindre détritus. La ville, impraticable pour les piétons, s’est enrichie de trottoirs et même de pistes cyclables, de lampadaires. Des sortes de brumisateurs géants sillonnent les axes de circulation pour asperger de l’eau et rabattre au sol les poussières en suspension dans l’air.

La capitale indienne, qui doit accueillir les 9 et 10 septembre le sommet des chefs d’Etat du G20, est méconnaissable. La cité, d’habitude si chaotique et congestionnée, est aussi proprette qu’un village suisse. Certes, les travaux d’embellissement ne concernent pas tout le territoire de cette mégapole de 25 millions d’habitants qui s’étend sur près de 50 kilomètres. Seul le sud, le New Delhi colonial, légué par l’architecte britannique Edwin Lutyens, en a bénéficié. Il rassemble les lieux de pouvoir, les ambassades, les grands hôtels.

Ce périmètre est déjà d’ordinaire le plus charmant, avec ses splendides résidences blanches, ses allées arborées majestueuses, ses parcs sublimes, comme Lodhi Garden, ponctué de cocotiers géants et de vestiges moghols, et le Rajpath, l’allée reliant l’ancien palais du vice-roi des Indes, aujourd’hui palais présidentiel, à India Gate, l’arc de triomphe érigé en mémoire des soldats de la première guerre mondiale.

Dans un parc de New Delhi, une sculpture en métal représente le Bundesadler, l’aigle fédéral oiseau national de l’Allemagne, le 5 septembre 2023.

Vingt-cinq bidonvilles rasés

Le premier ministre indien, Narendra Modi, qui promet de hisser l’Inde au rang de troisième puissance mondiale, a dépensé sans compter pour faire disparaître tout ce qui pouvait faire tache dans le paysage : les échoppes informelles des vendeurs, les chiens errants, les singes qui affectionnent les quartiers huppés… Une organisation de protection des animaux accuse les autorités d’avoir capturé « illégalement et cruellement » 1 000 chiens errants au début du mois de septembre. Même les enfants qui mendient au feu rouge ont été priés de déguerpir. Au moins vingt-cinq bidonvilles ont été rasés, des centaines de milliers d’habitants évacués, sans alternative de logement. Ils ont perdu leur moyen de subsistance.

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Ce n’est pas la première fois que Narendra Modi tente de masquer la pauvreté aux yeux de ses hôtes. En février 2020, lorsqu’il avait accueilli triomphalement Donald Trump, à Ahmedabad, dans son fief du Gujarat, le premier ministre indien avait fait élever des palissades le long du convoi pour dissimuler les taudis au président américain.

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